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Conformité

Prospection courriel B2B et loi anti-pourriel : sur quel motif êtes-vous assis

Septembre 2026 · Conformité · Québec

La loi canadienne anti-pourriel n'interdit pas la prospection courriel B2B. Elle interdit d'envoyer un message électronique commercial sans consentement, puis elle énumère de façon étroite les cas où ce consentement est tacite. Toute la question est là. Pour chaque contact d'une liste, quelqu'un doit pouvoir nommer le motif sur lequel repose l'envoi. Quand personne ne le peut, ce n'est plus une liste de prospection, c'est une exposition.

Ce texte sépare les quatre motifs que presque tout le monde confond, dit ce que chaque message doit porter, et donne les questions à poser à celui qui envoie en votre nom. Il ne vous dira pas si votre liste à vous est conforme. Cette question appartient à votre conseiller juridique.

Quatre motifs différents, et ils ne se valent pas

Chez les dirigeants de PME industrielles, les quatre motifs sont traités comme un seul gros permis. Chacun a pourtant ses conditions, et deux d'entre eux ont une date d'expiration.

1. Le consentement exprès

C'est le motif le plus solide, et le seul qui ne dépend pas d'une relation antérieure. La loi encadre la demande.

« Quiconque entend obtenir le consentement exprès d'une personne pour accomplir un acte visé à l'un des articles 6 à 8 doit, lorsqu'il demande le consentement, énoncer en termes simples et clairs »LCAP, article 10(1), Lois du Canada, consulté le 23 septembre 2026

Un directeur de production qui s'inscrit lui-même à votre infolettre technique, en sachant ce qu'il recevra, vous a donné ce motif. Une adresse achetée dans un fichier ne vous l'a jamais donné, quoi qu'en dise le vendeur.

2. Le consentement tacite et son horloge de deux ans

L'article 10(9) précise qu'il n'y a consentement tacite que dans les cas qu'il énumère. Le premier vise la personne avec qui vous avez « des relations d'affaires en cours ou des relations privées en cours ». Ces relations d'affaires sont ensuite définies, et elles sont datées.

« relations d'affaires en cours s'entend des relations d'affaires entre la personne qui envoie le message [...] découlant, selon le cas : a) de l'achat ou du louage par la seconde personne, au cours des deux ans précédant »LCAP, article 10(10), Lois du Canada, consulté le 23 septembre 2026

Pour un atelier d'usinage de la Beauce, ça se traduit simplement. Un donneur d'ordres qui a acheté l'an dernier et un autre qui a acheté en 2019 ne sont pas dans la même case, même s'ils dorment dans le même fichier clients. La date d'achat fait tenir le motif, et c'est souvent la seule colonne que personne n'a tenue à jour.

3. L'adresse publiée

Le même article prévoit le cas de l'adresse que la personne a publiée bien en vue, sans mention indiquant qu'elle ne souhaite pas recevoir de messages électroniques commerciaux, et à la condition que le message se rapporte à son rôle, à ses fonctions ou à ses tâches. Un autre cas vise l'adresse que la personne vous a elle-même communiquée, aux mêmes conditions.

Deux conditions, donc, jamais une seule. L'adresse d'un directeur des achats affichée sur le site de son usine n'ouvre pas la porte à n'importe quel message. Lui proposer de l'équipement de manutention et lui proposer un service de recrutement ne se jugent pas de la même façon.

4. L'exemption entreprise à entreprise

C'est celle que tout le monde invoque, presque toujours à moitié. Le règlement la rédige ainsi.

« envoyé par l'employé, le représentant, le consultant ou le franchisé d'une organisation [...] à l'employé, au représentant, au consultant ou au franchisé d'une autre organisation si leurs organisations respectives entretiennent des rapports et que le message concerne les activités de l'organisation à qui le message est envoyé »Règlement sur la protection du commerce électronique, DORS/2013-221, article 3, consulté le 23 septembre 2026

La condition est dans la phrase : les deux organisations doivent déjà entretenir des rapports. Elle ne dit nulle part qu'une entreprise peut écrire à n'importe quelle autre. Le même article exempte aussi le message envoyé en réponse à une demande, notamment une demande de renseignements, ou à une plainte, ou sollicité par son destinataire.

C'est ici que le cas industriel québécois devient concret. Un fabricant de systèmes de ventilation qui vend à trois cents donneurs d'ordres identifiables peut nommer son motif contact par contact : celui-là a acheté il y a huit mois, celui-là a demandé une soumission, celui-là a publié son adresse et travaille dans le bon service. La même entreprise avec dix mille adresses ramassées en vrac ne peut rien nommer, et le message part pareil.

Ce que chaque message doit porter

L'article 6 pose deux exigences à la fois : le destinataire doit avoir consenti, et le message doit lui-même être conforme. Le contenu obligatoire tient en trois éléments. Le message identifie qui l'envoie et la personne pour le compte de qui il est envoyé, il donne des coordonnées permettant de les joindre, et il contient un mécanisme de désabonnement conforme à l'article 11.

Le deuxième élément mérite qu'on s'arrête. Si une agence envoie en votre nom, votre entreprise est nommée dans le message, et l'exposition n'est pas seulement la sienne.

L'article 11(1) exige ensuite de permettre au destinataire « d'exprimer sans frais sa volonté de ne plus recevoir d'autres messages ». Le délai de traitement, lui, est chiffré.

« sans délai et, en tout état de cause, au plus tard dix jours ouvrables après que cette volonté a été communiquée »LCAP, article 11(3), Lois du Canada, consulté le 23 septembre 2026

Dix jours ouvrables, ce n'est pas une question de mise en page. C'est une obligation d'exploitation : quelqu'un doit recevoir les désabonnements, les traiter et les appliquer partout où l'adresse existe chez vous. Dans une PME où la liste d'infolettre, le fichier des ventes et celui du fournisseur vivent dans trois endroits, une personne se désabonne d'un envoi puis reçoit le suivant.

Ce qu'il faut demander à celui qui envoie en votre nom

Vous n'avez pas besoin de devenir spécialiste. Quatre questions suffisent.

Trois réponses devraient mettre fin à la conversation. « C'est du B2B, donc on est exemptés » laisse tomber la condition de rapports entre les organisations, qui est la moitié de la phrase du règlement. « Les adresses sont publiques, donc c'est permis » laisse tomber les deux conditions attachées à ce motif. Et « on s'occupe de la conformité », sans qu'aucun motif ne soit nommé, n'est pas une réponse. C'est une formule.

Une dernière raison de poser ces questions avant le premier envoi : les montants. L'article 20(4) fixe le maximum de la sanction pour une violation à 1 000 000 $ dans le cas d'une personne physique et à 10 000 000 $ dans le cas de toute autre personne. L'article 20(3) énumère ce qui est pesé pour établir le montant, dont la portée de la violation, les antécédents et la capacité de payer. Je le mentionne une fois, parce que la peur est un mauvais guide de décision.

Un fournisseur qui vend un volume d'envois plutôt que des rencontres vous ramène par ailleurs au problème décrit dans MQL vs contrat signé : un chiffre qui monte pendant que le carnet reste plat. La logique complète est sur la page agence marketing B2B.

Quand vous n'avez pas besoin de prospection courriel du tout

Personne ne vous le dira en essayant de vous vendre une liste. Une PME dont le carnet se remplit par les salons, les références et une quarantaine de comptes existants n'a souvent aucune raison de lancer du courriel à froid. Son marché tient dans une liste de noms que son représentant peut appeler. Des envois massifs par-dessus ça ne créent pas de la demande, mais de l'administration et du risque.

L'effort se place alors ailleurs : être connu du donneur d'ordres avant l'appel d'offres, et arriver au salon avec quelque chose à montrer, ce que j'ai détaillé dans la préparation d'un salon industriel. Quand c'est l'acheteur qui vous écrit le premier, la question se pose d'ailleurs autrement, puisque le règlement exempte le message envoyé en réponse à une demande.

Ce texte décrit des règles publiques, il ne remplace pas un avis juridique. Faites valider votre situation par votre conseiller juridique avant de lancer vos envois.

Sources

Si quelqu'un envoie du courriel en votre nom et que personne ne peut nommer le motif, réservez l'appel et on regarde ensemble ce que vous avez en main.

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