Publicité en anglais au Québec : ce que la loi 96 exige, et ce que ça change avant le tournage
Réponse directe : au Québec, l'affichage public et la publicité commerciale doivent se faire en français. C'est la formulation de l'Office québécois de la langue française, mot pour mot. Vos acheteurs peuvent être à Toronto et au Texas, ça ne change rien à ce qui est exigé de ce que vous diffusez ici. Le gouvernement du Québec range d'ailleurs « les catalogues, les publicités et les sites Web » parmi ce qu'une entreprise doit rendre accessible en français. Ce n'est donc pas l'anglais qui pose problème. C'est l'absence de français à côté. Le cadre plus large est sur la page marketing B2B.
La règle, telle que l'Office l'écrit
L'affichage public et la publicité commerciale doivent se faire en français.Office québécois de la langue française
La deuxième pièce est la plus utile, parce qu'elle se mesure. La « nette prédominance du français » n'est pas une impression. L'Office écrit que le texte français doit avoir « un impact visuel beaucoup plus important » et « occuper un espace au moins deux fois plus grand que le texte dans une autre langue », avec une permanence, une visibilité et une lisibilité équivalentes. Pour un affichage dynamique, un écran qui alterne, le critère devient du temps : « le texte en français a un impact visuel beaucoup plus important lorsqu'il est affiché au moins deux fois plus longtemps ».
Deux fois. C'est la seule phrase de tout ce dossier qu'un dirigeant peut appliquer en regardant son propre matériel. Ouvrez votre dernière annonce, votre page d'atterrissage, la boucle vidéo de votre kiosque. Si le français y occupe moins de place que l'anglais, ou moins de temps à l'écran, vous n'avez pas un désaccord de goût avec quelqu'un. Vous avez un écart avec un critère écrit.
Ces règles d'affichage public et de publicité commerciale sont en vigueur depuis le 1er juin 2025. Depuis cette date, un nom d'entreprise ou une marque de commerce en tout ou en partie dans une autre langue, visible de l'extérieur, doit être accompagné de termes français qui assurent une nette prédominance du français.
Le produit, l'emballage et le catalogue
Pour un manufacturier, la publicité n'est qu'une partie de l'exposition. L'Office écrit que « toute information inscrite sur un produit, sur son emballage ou sur un document qui l'accompagne doit être en français », et qu'elle peut aussi figurer dans une autre langue à condition de ne pas être plus visible ni plus accessible que la version française. Les éléments génériques ou descriptifs de la marque, comme les ingrédients, la couleur ou d'autres caractéristiques du produit, doivent aussi figurer en français. Le nom sous lequel le produit est commercialisé et le nom de l'entreprise, eux, peuvent demeurer uniquement dans une autre langue. Une transition existe pour les produits non conformes fabriqués avant le 1er juin 2025 : ils peuvent continuer d'être commercialisés jusqu'au 1er juin 2027, aux conditions énoncées par l'Office.
Un chiffre circule beaucoup et il est mal compris. Une entreprise qui emploie 25 personnes ou plus pendant une période de six mois doit s'inscrire auprès de l'Office dans les six mois suivants et entreprendre une démarche de francisation. C'est un seuil d'inscription. Aucune page officielle consultée aujourd'hui ne dit qu'en dessous de 25 employés une publicité peut être uniquement en anglais. Ne traitez pas ce nombre comme une porte de sortie.
Deux fois l'espace, ça se décide avant le tournage
Voici la partie que je connais par le métier plutôt que par le droit, et c'est celle qui coûte de l'argent.
Le français n'est pas une étape de traduction qu'on visse à la fin. Une vidéo tournée avec des cartons anglais à l'écran, une voix hors champ anglaise et des bas de vignette anglais ne se règle pas avec une piste de sous-titres. Le sous-titre s'ajoute sous un carton qui reste anglais. Il ne change pas ce qui occupe le cadre. Pour atteindre un critère qui compare de l'espace et du temps, il faut refaire les éléments, pas les accompagner. Refaire, ça veut dire rouvrir le montage, recommander les graphiques, réenregistrer la narration, et parfois retourner sur place parce qu'une bannière anglaise traînait dans le plan large.
Planifié avant le tournage, le même résultat coûte une fraction. Les deux langues existent dès le scénario, la personne devant la caméra sait qu'elle dira sa phrase clé deux fois, les titres sont commandés en deux versions dès le départ, et rien n'est gravé dans l'image sans qu'on sache d'avance ce qui devra exister en français.
Ce que ça vous donne à exiger d'un fournisseur, avant de signer :
- La version française apparaît comme livrable au devis, pas comme option à discuter après la livraison.
- Le prix de la deuxième langue est écrit avant le tournage. Une deuxième langue chiffrée après coup se négocie quand vous n'avez plus le choix.
- Une personne est nommément responsable de la qualité du français technique : vos termes de procédé, vos unités, les noms de vos produits. Une traduction correcte en français de France n'aidera pas un acheteur de Saint-Georges.
- Le fournisseur sait où chaque pièce sera diffusée. La même vidéo sur un écran de kiosque, dans une campagne payante et sur votre site, ce n'est pas une seule exposition.
Et une réponse qui devrait terminer la conversation : « on mettra des sous-titres ». C'est une réponse à un problème d'accessibilité, pas au critère de l'Office.
Le kiosque, la campagne et les deux versions du site
Trois situations reviennent chez les manufacturiers que je vois.
Le salon. Un kiosque monté à Montréal ou à Québec avec des bannières anglaises et une boucle vidéo anglaise, parce que le même kiosque servira à Chicago le mois suivant. C'est la version québécoise du kiosque qui doit tenir ici, et elle se décide à la commande des impressions, pas la veille du montage. Ce qu'un salon doit vous rapporter est traité dans la préparation d'un salon industriel.
La campagne. Une campagne LinkedIn visant des directeurs d'usine dans trois provinces, montée une seule fois, en anglais, parce que deux provinces sur trois le sont. La partie qui s'affiche au Québec est celle à régler. Savoir si un ciblage géographique hors Québec change quelque chose est exactement la question à poser à votre conseiller juridique avant le lancement, pas à votre gestionnaire de publicités. Le cadre des campagnes est sur la page publicité Facebook et Meta.
Le site. Deux versions existent, française et anglaise, et la publicité envoie tout le monde sur la page anglaise parce que c'est celle qui a été refaite en dernier. Québec écrit qu'une entreprise doit « rendre accessibles en français les catalogues, les publicités et les sites Web ». Une page française qui existe mais qu'aucune de vos annonces n'atteint est un écart que vous seul pouvez voir. Ce qu'un acheteur technique cherche sur un site est détaillé dans ce qu'un site web manufacturier doit contenir.
Ce que cette page ne peut pas vous dire
Il faut être net, parce que c'est probablement votre vraie question. Beaucoup de dirigeants supposent qu'il existe une exception pour la publicité diffusée dans des médias anglophones ou destinée à un public non francophone. Je n'ai trouvé aucune exception de ce type sur les pages officielles consultées le 23 septembre 2026. Je n'affirme donc pas qu'elle existe, et je n'affirme pas non plus le contraire. Je dis que je ne peux pas la vérifier, et que personne ne devrait bâtir une campagne sur une exception que son fournisseur n'a jamais vue écrite.
Le cas honnête où ce texte ne s'applique pas à vous : une entreprise dont la publicité est entièrement placée à l'extérieur du Québec, auprès d'acheteurs situés à l'extérieur du Québec, n'est pas dans la même situation qu'une entreprise qui annonce ici. C'est une question de droit, pas de marketing. Elle se pose à votre conseiller juridique, la liste réelle de vos placements en main, pas à un studio.
Je n'ai vérifié aucun montant d'amende et cette page n'en publie aucun. Je ne cite non plus aucun numéro d'article : le site officiel des lois du Québec a refusé chaque requête le jour de la vérification, alors je nomme la loi par son nom courant et je m'en tiens aux pages de l'Office et de Québec.ca. Citer un article de mémoire serait exactement le raccourci que je reproche aux autres.
Ce que je peux faire, c'est la partie production. Nous sommes deux, je tourne moi-même et je gère moi-même les comptes publicitaires, après plus de 20 ans en production de contenu visuel, avec des PME industrielles et techniques du Québec. La conséquence pratique de tout ce qui précède tient en une phrase : décidez les deux langues avant la caméra, pas après le montage.
Ce texte décrit des règles publiques, il ne remplace pas un avis juridique. Faites valider votre cas par votre conseiller juridique avant de publier.
Sources
- Office québécois de la langue française, Affichage des marques de commerce et des noms d'entreprises, oqlf.gouv.qc.ca/francisation/entreprises/affichage-marques-noms.html, consulté le 23 septembre 2026.
- Office québécois de la langue française, Marques de commerce sur les produits, oqlf.gouv.qc.ca/francisation/entreprises/marque-commerce-produits.html, consulté le 23 septembre 2026.
- Office québécois de la langue française, Francisation des entreprises, oqlf.gouv.qc.ca/francisation/entreprises/, consulté le 23 septembre 2026.
- Gouvernement du Québec, Obligations des entreprises en matière de langue française, quebec.ca/culture/langue-francaise/exercer-droits-langue-francaise/obligations, consulté le 23 septembre 2026.
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